octobre 27, 2025

Le Brésil signe un accord pour fabriquer 73 millions de tonnes d’engrais d’ici 2036

Introduction

Le secteur brésilien des engrais a franchi une étape stratégique en renforçant son cadre institutionnel et réglementaire avec l’annonce d’un accord de coopération technique entre acteurs publics et privés visant à produire plus de 73 millions de tonnes d’engrais d’ici 2036.

Cet accord a été officialisé entre le ministère de l’Agriculture et de l’Élevage (MAPA) et l’Association brésilienne pour la diffusion des engrais (ANDA) lors du 12e Congrès brésilien des engrais, auquel AgroPages a couvert l’événement à São Paulo.

Signé par Guilherme Campos Júnior, secrétaire à la politique agricole de MAPA, et Eduardo de Souza Monteiro, président du conseil d’administration d’ANDA, l’accord vise à améliorer les statistiques de l’industrie, à favoriser l’innovation et les biointrants, à générer des connaissances stratégiques et à mobiliser des ressources pour la durabilité.

Selon l’ANDA, l’objectif est de consolider une feuille de route garantissant la capacité du Brésil à fournir 73 millions de tonnes d’engrais d’ici 2036, un volume jugé stratégique pour soutenir l’expansion agricole tout en réduisant la dépendance extérieure.

Production nationale : projets en cours

Cet engagement s’inscrit dans le cadre des initiatives structurelles en cours. Geraldo Alckmin, vice-président du Brésil et président du Conseil national des engrais et de la nutrition des plantes (Confert), a souligné les investissements à venir qui devraient stimuler l’offre nationale :

Complexe de Serra do Salitre (Minas Gerais) : devrait couvrir 15 % de la demande nationale en phosphates.

Fafen Bahia et ANSA Paraná (azote) : la remise en service des usines permettra de couvrir jusqu’à 20 % des besoins nationaux en azote.

Projet Autazes (Amazonas) : axé sur le chlorure de potassium, il couvrira environ 20 % de la consommation brésilienne.

Ces efforts s’ajoutent à des mesures législatives, telles que le projet de loi 699/2023 (Profert) en discussion au Congrès, qui prévoit des incitations fiscales pour la production d’engrais, et le projet de loi 2022/2022, déjà approuvé en commission, éliminant les taxes PIS/Cofins sur les importations et la commercialisation d’engrais.

Tendances : biointrants, innovation et agriculture régénératrice

Bien que les livraisons d’engrais du Brésil devraient se maintenir entre 48 et 49 millions de tonnes en 2024/25 – un niveau record, selon des analystes comme Jefferson Souza (Agrinvest) et Carlos Cogo (Cogo Inteligência em Agronegócio) – les discussions lors de cet événement ont souligné la nécessité de diversifier les sources d’approvisionnement au-delà des importations.

Les débats ont porté sur le rôle de l’agriculture régénératrice et l’intégration des biointrants dans les programmes de fertilisation. Des experts, dont José Carlos Polidoro (MAPA), Jenny Wang (Mosaic) et Francisco Matturro (Rede ILPF), ont plaidé pour une réglementation plus rapide de la loi brésilienne sur les bio-intrants, une mesure essentielle pour favoriser les technologies à faible impact et contribuer à la restauration d’une partie des 40 millions d’hectares de terres dégradées d’ici 2036.

L’accent a également été mis sur les engrais spéciaux et de nouvelle génération, tels que les solutions azotées conçues pour réduire les pertes par volatilisation – un thème abordé par les recherches récompensées par le 4e prix Carlos Florence, décerné par l’ANDA à un chercheur d’Esalq/USP.

Géopolitique et crédit : risques et obstacles

Les préoccupations internationales ont également été au cœur des débats. Carlos Cogo, Renata Cardarelli (Argus Media) et Gustavo Zaitune (Adufértil) ont mis en garde contre les incertitudes liées aux tensions commerciales mondiales et aux contraintes logistiques, qui accentuent la vulnérabilité du Brésil, l’un des plus grands importateurs d’engrais au monde.

Dans le même temps, les discussions sur le crédit rural ont révélé des inquiétudes quant au maintien de niveaux de consommation élevés sans ajustements structurels du financement. Le plan d’investissement record Plano Safra 2025/26 nécessitera des politiques publiques cohérentes pour préserver la compétitivité du secteur.

« Nous insistons sur l’importance d’un dialogue commun sur la situation actuelle, tout en construisant l’avenir. Le secteur des engrais contribue à relever le défi mondial de la production alimentaire à moindre impact environnemental », a déclaré Eduardo Monteiro, président du conseil d’administration d’ANDA, lors de la séance de clôture.

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